Histoire d'affût

Lever à 3h am. Je n’ai pas beaucoup dormi. L’adrénaline peut-être, l’excitation, le stress. Hier je suis allé monter mon affût en bordure d’un champs pour tenter de photographier des animaux. En allant me promener avec ma fille en matinée, j’ai trouvé des restes dans un champs à proximité de la maison.

La neige a neigé hier soir. De gros flocons bien humides qui collent un peu partout. C’est ce qui m’a fait décidé de venir ici ce matin. Vers 21h je suis allé monter l’affût sous la neige, et me voici assis dans ma chaise affût, complètement trempé.

Cette nuit, c’était sensé être la neige. 15 centimètre disait-on, mais c’est plutôt de la pluie qui tombe. J’ai les pieds trempés, sous la neige se cache un fond d’eau partout dans la forêt. J’ai les grosses trempées, ma chaise affût était inondée à mon arrivée. Les parois de l’affût sont d’ailleurs complètement mouillés, signe que l’humidité arrive facilement à se frayer un chemin à l’intérieur de ce qui devait être mon petit coin de confort pour les prochaines 5 heures.

L’humidité commence à me rentrer dans les os. Il ne fait pas froid, tout juste au dessus du point de congélation. Mais c’est tout de même glaçant. Partout autours de moi, des plaques de neiges remplies d’eau se détachent des arbres et tombent avec fracas sur la neige et sur la tente. Je sursaute à chaque fois. Tantôt, je suis sur qu’un animal est tout prêt. Tantôt, j’ai l’impression que quelqu’un tape sur la cache. La matinée ne sera pas de tout repos.

C’est l’hiver, le temps est couvert, la luminosité est bonne. En ce temps de confinement, je ne peux que sortir à proximité de la maison. Je suis donc assez près de la ville pour que la pollution lumineuse éclaire le ciel nuageux et m’offre une vue sur les restes d’animaux qui sont plus loin dans le champs.

Et le temps passe.

La nature se réveille. Un bruant chanteur me fait sa sérénade à proximité. Un autre répond au loin.
La clarté fait finalement son apparition. Toujours rien, le calme plat. 

C’est ça aussi le jeu de photographier la faune sauvage. On ne sait jamais sur quoi on va tomber, ni quand, ni comment. On pourrait se contenter d’aller dans un parc animalier mais quel serait vraiment l’intérêt? La photographie animalière nécessite du temps, de la recherche, des essaies, des échecs, avant de finalement parvenir à réaliser ne serait-ce qu’une seule image. Parfois, la nature est généreuse, parfois elle ne l’est moins. En fait, est-elle moins généreuse? Ou ne nous enseigne-t-elle pas une leçon d’humilité et de résilience?

Je cogne des clous. La fatigue se fait bien ressentir. Ma tête tombe, mes yeux tentent de rester ouverts. Je fixe l'horizon à la recherche d'un mouvement. Le froid commence à me faire grelotter. Le vent pénètre l'affût par le pourtour de l'objectif. Il est glacial, du moins c'est l'impression qu'il me donne. J'ai l'impression qu'il fait -20 à l'extérieur, alors qu'il n'en est point.

Voilà maintenant trois heures que le soleil est levé. Toujours rien. Rien. Voilà près de 6h que je me trouve dans l'affût dans l'attente, mais l'effort est maintenant trop grand. La fatigue et le froid auront raison de moi. Je décide de plier bagage. J'ouvre la tente, et en sort. Ce fût en quelque sorte une délivrance, j'allais pouvoir enfin me réchauffer.

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