Être photographe et photographier pour le plaisir





On nous dit souvent, à ma conjointe et moi, que notre bébé doit se faire photographier sans arrêt. On me demande toujours : "As-tu apporté ton appareil photo?" . On me dit toujours : "Tu dois toujours avoir ton appareil avec toi au cas ou!" . La réponse est : non.

Voilà maintenant 3 ans et demi que j'ai fait le saut vers le métier de photographe. C'est un métier difficile, qui prend énormément de temps et d'efforts. Je pourrais faire une série de billet de blog uniquement sur ça, le travail de photographe. La plupart des gens n'ont aucune idée de ce que ça implique. Je travaille plus de 60h à chaque semaine, 52 semaines par année. Je ne me plains pas, au contraire. Je pratique comme métier ma plus grande passion. Mais c'est très accaparant, la photographie.

Le métier de photographe, ce n'est pas juste photographier. C'est retoucher les photos, répondre aux courriels et aux téléphones, envoyer des soumissions, contacter des clients pour des projets futurs. C'est aussi être disponible toute la journée et la soirée car les particuliers sont ne sont souvent disponibles qu'en dehors des heures de travail normales. En terme de pourcentage, prendre des photos, c'est peut-être quoi, 20%?

Le truc, c'est que lorsque je travaillais comme technicien en sonorisation dans mon ancienne vie, la photographie était le moyen que j'avais pour m'évader, pour me relaxer, pour décrocher du travail. Mais tu fais quoi quand ton travail c'est maintenant la photographie, tu décroches en photographiant? Non. Tu relaxes en te tenant loin de ton appareil photo.

Je photographie encore pour le plaisir. J'ai beaucoup de projets personnels sur lesquels je travaille. En fait, la plupart des mandats que je fais, je ne les considère pas comme du vrai travail. Ce n'est pas forçant pour moi de prendre des photographies pour un magazine de plein-air, ou de prendre des clichés la nuit pour une course à pied, ou encore de guider des touristes européens lors de leur passage au Québec. Ce sont tous des projets qui me stimulent grandement et ou je peux créer selon mes propres goûts et perceptions. C'est ma définition du travail en fait. Travailler, ce doit être plaisant, stimulant, enrichissant, gratifiant.

Mais lorsque j'arrive à la maison, et que ma poulette de 6 mois m'attend, je n'ai pas nécessairement le goût de sortir l'appareil et de détailler chaque mouvement qu'elle fait avec une photo. Je préfère de loin passer du temps de qualité, sans penser à la photo, que de la photographier sans arrêt. Je l'ai prise en photo, oui, mais définitivement pas à tous les jours. Je préfère l'entendre crier, jaser, la voir jouer, qu'elle me tire la barbe. C'est la même chose lorsque je sors faire autre chose que de la photographie. J'ai certes manqué des occasions de faire de belles photos : des ciels enflammés par le soleil, des aurores boréales. Est-ce que je suis déçu, non. Je n'ai pas manqué de regarder ces moments avec toute l'attention que je devais leur porter. J'ai photographié avec mes yeux, l'image est gravée dans ma mémoire.

Avec le temps, j'ai appris à apprécier le moment présent. La photographie, c'est tellement prenant qu'on ne pense qu'à tout photographier. On ne regarde qu'à travers le viseur, on ne regarde plus avec les yeux. On se dit tout le temps qu'on aurait du aller photographier ça, qu'on aurait du aller là pour faire telle photo. C'est tout un apprentissage que d'apprendre à laisser la caméra à la maison et d'aller marcher en forêt seul. Un jour, ma conjointe m'avait dit quelque chose qui m'a frappé et m'a fait tout remettre en question. Alors qu'on marchait, elle m'avait dit : "J'ai toujours l'impression qu'on est trois : moi, toi et ta caméra". Ouff! J'ai frappé un mur.

Alors, non, ma fille n'a pas 1500 photos à son actif, je ne traîne pas mon appareil partout ou je vais. Est-ce que j'en suis déçu? Pas une seconde


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